Homme et Théatralité

Il y a quelques années, on m’a proposé d’exposer dans le hall d’un théâtre et cela m’a donné envie de parler de la théâtralité de tous les jours, celle qu’on trimbale en chacun de nous. Depuis, le sujet apparaît inépuisable car représentatif de cette quête identitaire qui nous anime. Des personnages ont alors pris forme sur la scène fictive qu’on s’approprie, celle de l’intime, de l’indigence qui met à nu, symbolisée par le fond noir, et permettant la mise en lumière de l’individu. Individu se retrouvant là, à jouer, devant quel public ? La représentation de l’humain est délibérément androgyne, l’identité sexuelle étant un détail car le questionnement se veut plus profond. L’intérêt est concentré avant tout sur la mise en scène de personnages éperdus d’eux-mêmes, envahis par le sentiment de s’être perdus avant de s’être trouvés, effleurant peut-être l’espoir d’atteindre quelque vérité, en jouant sans fin dans tous les théâtres du conscient et de l’inconscient, sur toutes les scènes plus ou moins sombres de l’ambiguïté de l’entre-deux. On y devine l’errance entre son soi intime, mystérieux, dans son absolu dénuement, et son être écrasé par le poids des costumes pas vraiment sur mesure, taillés dans l’étoffe de nos vies régies par le Code et la Convention. Il y règne une tension, une inquiétude, dues à la conscience illusoire de tenir à sa place sur le fil d’un équilibre improbable entre légèreté et gravité, burlesque et tragédie, ce qu’on montre et ce qu’on cache, rêves et réalités ? Ici, on ne ressent pas l’urgence à vivre sa vie mais plutôt la notion du temps et du silence nécessaires à la réflexion et au questionnement, renfermant toutes les difficultés d’être, et en même temps, sous-jacent, l’inexorable espoir d’une vie qui continue….